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Le Tarot pour qui ? Etude d'une lame Symbolisme

Etude d'une lame

  

      La Roue de Fortune             

Les symboles

1) Une roue à six rayons dont la circonférence est couleur chair et le moyeu rouge. Elle repose sur un socle jaune.

2) Trois animaux étranges, portant des vêtements, sont positionnés sur la roue.

3) A droite, une sorte de chien jaune monte.

4) A gauche, un singe couleur chair semble descendre.

5) En haut, un animal bleu, dont la tête est couronnée, et qui tient une épée rudimentaire.

6) La roue comporte une manivelle blanche.

 

 

L’interprétation des symboles

1) La roue représente traditionnellement l'Univers, le Cosmos ou la Terre. Ceci était déjà le cas alors que les hommes considéraient la Terre comme étant plate ou carrée. La représentation graphique du monde était et est toujours circulaire. La roue contient. Comme le cercle, elle n'a ni commencement, ni fin. Aussi, elle symbolise le Tout. Dans le symbolisme religieux, la roue solaire comporte six rayons alors que la roue lunaire en compte huit. Paul Marteau, à ce sujet, explique : « Les rayons de la roue, étant de même essence, représentent un lien entre la vie intérieure et la vie extérieure, leur nombre 6 indique les six plans évolutifs, c'est-à-dire allant des vibrations les plus lourdes aux plus subtiles : Physique, Animique, Mental, Causal, Spirituel, Divin. »

On peut voir également ici une référence au sénaire, c'est-à-dire à l'Amoureux, qui représente la notion de choix. C’est ici indiquer que l'homme dispose de moyens d'interventions, qu’il n’est pas aussi attaché à la roue qu'il pourrait le supposer.

La deuxième notion que sous-tend le symbolisme de la roue est celle de mouvement. Il ne s'agit pas simplement de la rotondité de la forme, mais également du mécanisme qui l'anime : une roue tourne et se rattache en cela au mouvement perpétuel, à l’éternel recommencement.

La circonférence, sur laquelle se trouvent les animaux, est couleur chair pour signifier la place qu'occupe l'homme au niveau de la roue. Il n'est pas au centre mais à la périphérie. S'il constitue un élément fondamental, une partie intégrante du monde, il n'en demeure pas moins soumis, comme étranger, et non pas actif, participant pleinement au mouvement. Le symbolisme spécifie bien la position de l'être humain à l'extrême opposé du milieu.

2) La lame représente des animaux. On retrouve également des représentations animales dans les lames « La Force » et « Le Monde ». Or la Roue de Fortune (lame 10) + la Force (lame 11) = le Monde (lame 21).

Pourquoi avoir dessiné des animaux et pas des hommes ? Certainement pour signifier que le mouvement de la roue concerne tous les êtres de la création et pas uniquement l'homme. D'autre part, l'animal, dans sa valeur archétypale, incarne les couches profondes de l'inconscient. Il se rattache à la libido, aux pulsions du ça, aux désirs.

Ces trois animaux sont de conception surréaliste. Ils ne sont pas clairement identifiables mais semblent composés d'un mélange de différentes races, associées en un curieux assemblage. Ce ne sont donc pas véritablement des animaux ou, plutôt, ce ne sont pas que des animaux. Ils incarnent un autre principe : celui de la totalité. En eux se retrouvent tous les êtres de la création, ils ouvrent sur la multiplicité.

En dernier lieu, ils sont habillés. Or, se vêtir est un comportement spécifiquement humain. Cela n'évoque-t-il pas une proximité avec l'homme. Ne sont-ils pas des caricatures ? La raison peut aussi être tout simplement que l'homme et l'animal sont égaux dans leur soumission à ce perpétuel mouvement.

Si on considère la roue comme symbolisant le temps ou encore les saisons, tous les êtres subissent les mêmes rythmes universels. Il y a conformité des expériences.

Ces animaux sont au nombre de trois. Encore une fois, le ternaire est mis en évidence, parce que tout se compose de trois parties : le temps avec ses trois séquences : passé, présent et avenir, comme l'espace avec ses trois dimensions : longueur, largeur et hauteur.

La roue est Une et Un se compose de Trois. Le ternaire marque le retour à l'unité, d'où le symbolisme du triangle : deux points séparés dans l'espace (la base) se rejoignent en un troisième point situé plus haut (le sommet). De la même manière, les trois animaux sont disposés en triangle. Il y a donc insertion d'une forme triangulaire dans un espace circulaire. Les deux conceptions, occidentale et orientale, sont ici proposées. La tradition occidentale, et surtout la société contemporaine, définit le monde par une forme pyramidale : il faut s'efforcer d'atteindre le sommet ; tout autre est la position orientale qui définit le monde de manière sphérique : il faut s’efforcer d’atteindre le centre.

Trois phases sont donc présentes :

- la phase ascendante : le chien jaune qui monte ;

- la phase d'équilibre : le sphinx bleu aux ailes rouges ;

- la phase descendante : le singe chair qui descend.

On pourrait encore les définir selon le modèle hindou :

- le principe constructeur (Vishnu) ;

- le principe conservateur (Brahma) ;

- le principe destructeur (Shiva).

Ou en référence au temps :

- la jeunesse ;

- la maturité ;

- la vieillesse.

On pourrait ainsi continuer longtemps les comparaisons. Tout système se définit à partir de ce rythme ternaire.

3) Le chien jaune constitue donc la phase ascendante. Sa couleur, correspondant à la symbolique solaire, montre à quel point cette dernière est valorisée. L'homme pense se rapprocher des sommets ou de Dieu puisqu'il s'élève. Mais cette ascension spatiale, c'est-à-dire matérielle, physique ou sociale, n'a rien de commun avec une élévation spirituelle. Le jaune prend ici valeur d'ambition car vouloir atteindre le sommet, c'est aspirer au pouvoir, à ce qui est défini comme la réussite.

 Un bandeau entoure ses oreilles parce que tout occupé à monter, à gravir les échelons, l'homme n'écoute plus, n'entend plus ceux qui pourraient évoquer sa future chute. Plus même, il n'est plus réceptif aux rythmes universels.

4) L'animal du haut présente la même indétermination au niveau de sa nature. De nombreux auteurs l'identifient au Sphinx ; il en possède en effet certains aspects : l'attitude physique, les ailes, les pattes de lion. Cependant, on peut reconnaître également dans cette figure mythique une sorte de diablotin, ressemblant étrangement à l'incarnation du Diable de l'arcane XV du Tarot. Ce paradoxe graphique peut s'expliquer comme concrétisant l'opposition entre l'évolution perçue (Sphinx) et l'évolution réelle (Diable). Certes, la place qu'il occupe constitue une position enviable pour l'homme dont les valeurs se rattachent à l'ascension. Il symbolise alors celui qui est parvenu aux sommets, c'est-à-dire l'ère victorieuse, la réussite totale, l'apogée, le triomphe, la consécration.

Toutefois, une roue comporte-t-elle un sommet ? Bien, au contraire, sa symbolique n'admet pas les idées de haut et de bas. L'animal bleu s'imagine avoir atteint les hautes sphères. Du fait que sa position actuelle le porte au sommet, il est persuadé avoir dépassé la triste condition humaine. Mais cette attitude mentale est erronée et illusoire car elle dénie l'existence d'un principe dynamique. Si tout est mouvement, comment peut-on se maintenir éternellement, ou tout au moins longuement, en un point déterminé ?

Si le chien jaune illustre l'ambition humaine, le Sphinx bleu s'identifie à la présomption humaine : mécanisme psychique qui induit l'homme en erreur.

La couronne, emblème du pouvoir, prend sens comme l'attribution arbitraire et fantasmatique d'une autorité sur les autres. Elle devient attribut de domination. De même, l'épée, par sa forme extrêmement rudimentaire (absence de pommeau) signale la mauvaise utilisation des facultés de jugement (épée = justice).

5) La phase descendante est matérialisée par un animal s'apparentant à un singe. Celle-ci représente la période la plus redoutée, assimilée à l'échec, à la chute, à la régression.

6) La manivelle blanche fera l’objet d’une analyse ultérieure dans le sens initiatique.

Le nombre

C'est le 10.

Dans la symbolique, la décade exprime, par excellence, les notions cumulées de fin et de commencement. Elle décrit parfaitement le perpétuel mouvement que concrétise d'une manière graphique la Roue de Fortune. Le dix est achèvement d'un cycle et ouverture d'une nouvelle ère (10 = 1 + 0 = 1).

Plus précisément, il est retour au point de départ, rappel constant de l'origine. Il est Un et Multiple et c'est pour sa grande portée que Pythagore en avait fait son nombre emblématique.

La condition du 10 est de redevenir 1, tout comme la condition de l'homme est de retourner d'où il est venu. Le 10 constitue un rythme répétitif, dont la cadence régulière et continue s'assimile à la musique harmonique de l'Univers. Telle la nature, il est succession permanente de morts et de renaissances.

Le nom

Définition du Larousse : « Roue de la fortune : dans les anciennes loteries, roue creuse, en forme de tambour et qui contenait les numéros devant désigner au sort les gagnants (on disait aussi Roue de Fortune). »

La Roue de la fortune ou Roue de fortune était extrêmement répandue dans l'art graphique et pictural du Moyen Age. La roue supportait des hommes ou des animaux, ou encore des caricatures, dont le nombre variait selon les représentations. Elle fut ensuite assimilée à la loterie et, par extension, aux jeux de hasard.

D'autre part, et antérieurement, Fortuna, déesse romaine du Hasard, identifiée à la Tychée grecque, apparaissait sous les traits d'une femme tenant une roue. Si le terme fortune est rattaché, dans la majorité des consciences, à la notion de richesse, son acceptation initiale était pourtant neutre. La fortune (du latin, fortuna) correspondait à une puissance distribuant les biens et les maux. « Comme une roue la Fortune tourne en cercle » écrivait Sophocle.

Quant au symbolisme de la roue, le Dictionnaire des symboles nous explique que « la roue tient de la perfection suggérée par le cercle, mais avec une certaine valence d'imperfection, car elle se rapporte au monde du devenir, de la création continue, donc de la contingence et du périssable. »

L'association de ces deux termes (roue et fortune) redouble l'incertitude et l'ambiguïté sous-jacentes. Par conséquent, l'arcane X, par son nom, évoque la vie, avec ce qu'elle comporte d'indéfinissable, avec ses successions de joies et de peines, avec ses bonheurs et ses douleurs.

Le sens philosophique

La Roue de Fortune est extrêmement riche et complexe. Elle repose sur deux principes : l'un passif, résidant dans sa valeur descriptive, l'autre actif, résidant dans sa valeur interprétative. L'arcane X illustre de manière symbolique le fonctionnement de toute chose, le mécanisme sur lequel s'articule tout phénomène. Elle incarne à elle seule le Cosmos, l'Univers, la Vie ou encore le Temps. Elle est la Roue de l'Existence, principe incarné par la notion orientale de Samsara. Elle est l'expression du rythme immuable et continu des cycles naturels. Elle est cette succession de hauts et de bas, de joies et de peines, de réussites et d'échecs.

De toutes les formes géométriques élémentaires, le cercle est le seul à revêtir un caractère dynamique. Si on analyse la symbolique de la roue, on prend conscience de la neutralité de son mouvement.

Deux idées sont soulevées :

- La première est celle concernant la définition spatiale qu'elle propose. Lorsqu'elle tourne, elle produit une inversion de l'ordre des choses : ce qui était en haut se trouve alors placer en bas, et ce qui était en bas, sous l'effet de la rotation, s'élève.

Ou plus précisément, il y a disparition de ces concepts purement spéculatifs de haut et de bas.

- La deuxième est celle se rapportant à l'inutilité du mouvement puisqu'il n'y a pas de déplacement. On rejoint ici le sentiment que peut avoir l'homme quand il prend conscience de l'inexorable retour des choses. Ce qui sans doute illustre le mieux cet éternel recommencement réside dans le rythme de la nature : comme par exemple les saisons. On se trouve dans la reproduction du même.

Au symbolisme de la roue est attaché celui du triangle, matérialisé par les trois animaux. On retrouve, présentées dans la Roue de Fortune, deux conceptions juxtaposées : la première (celle de la roue) est plutôt orientale ; la seconde (celle du triangle) est plutôt occidentale. En effet, la tradition occidentale, dans la pensée chrétienne notamment, propose une représentation pyramidale de l'Existence et du parcours de l'homme. Il s'agit pour ce dernier de monter. Pour preuve, il suffit d'évoquer le vocabulaire (tant religieux que profane), on parle d' « ascension », d' « élévation », de « sommet », d' « échelons ». On figure Dieu ou le Paradis en haut, au ciel.

Cette vision ascensionnelle des choses est aussi bien spirituelle que sociale. Dépasser sa condition, c'est évoluer de la base au sommet. Non seulement, on passe du bas vers le haut mais, en plus, on progresse de la quantité vers la qualité. Il y a là une notion de sélection. Plus on monte, plus le nombre se restreint pour des raisons tant géométriques (forme du triangle) que conceptuelles (peu d'élus). Seulement, cette définition exclut la notion de mouvement. Elle repose sur un modèle rigide et statique. Or, tout est mouvement. Le temps qui passe en constitue la meilleure illustration. Chaque être est appelé à naître, à croître et à mourir. Tout bouge constamment, la vie est mouvance. Elle s'oppose sans cesse à l'immobilisme. La pensée chinoise, avec son célèbre Livre des Transformations (Yi King) rappelle ce flux et ce reflux constant.

La mythologie grecque nous donne un excellent modèle de cette représentation philosophique avec le célèbre mythe de Sisyphe. Le héros doit sa renommée au supplice qui lui a été réservé par Zeus. Les légendes divergent quant à la raison de son infortune posthume mais la définition de la torture à laquelle il fut soumis reste la même dans toutes les versions. Vraisemblablement, Sisyphe, en tant que simple mortel, avait usurpé ses droits et donc manqué de respect aux divinités. A sa mort, il fut envoyé dans le Tartare, lieu de tous les supplices. Là, il fut condamné à rouler un énorme rocher sur le flanc d'une montagne jusqu'à ce qu'il atteignît le sommet. Malheureusement, mais en toute logique, dès qu'il était en haut, le rocher roulait jusqu'en bas. Il ne restait plus au pauvre Sisyphe qu'à redescendre pour de nouveau pousser tant bien que mal son rocher jusqu'au sommet. Et ceci pour l'éternité. Le philosophe Camus, qui s’est penché sur le mythe de Sisyphe, y a vu l'illustration de la condition humaine. L'homme s'évertue à monter : c'est-à-dire à accroître ses biens, à accéder à une reconnaissance sociale, à fonder une famille parfaite, en oubliant que rien n'est jamais définitivement acquis. Et donc que succède à l'apogée, le déclin. Le mythe montre à quel point s'élever est difficile (il faut pousser le rocher) et la chute facile (le rocher roule tout seul). Il met en évidence la somme de travail, la quantité d'efforts et  la prodigieuse volonté qu'il faut fournir pour parvenir au sommet. A l'opposé, il met l'accent sur la rapidité et la facilité avec laquelle tout se défait (accélération lors de la descente).

La Roue de Fortune reproduit la même symbolique : c'est-à-dire existence des trois phases, telles que définies dans les consciences humaines, associées à la notion de mouvement perpétuel. Ceci constitue ce que l'on peut appeler la partie visible de l'iceberg.

Il suffit de regarder la carte pour repérer ce double concept (roue + triangle). On prend conscience avec la Roue de Fortune, comme avec le mythe de Sisyphe, de l'absurdité du comportement humain. Ces deux modèles métaphoriques traduisent l'impossibilité d'élire une position et de s'y maintenir définitivement. Ils défendent le principe selon lequel tout est changement. Et l'homme, dans son désir de confort, s'oppose à cette puissante dynamique. Cette attitude est source de douleur car elle suppose un manque de préparation au mouvement. Aussi, l'arcane X ne fait pas que situer l'individu dans l'univers, il dispense également un enseignement sur les possibilités d'action de l'homme sur ce perpétuel mouvement. Ces moyens sont au nombre de trois, deux représentent des interventions illusoires, tentantes mais inefficaces, un seul est adapté.

- Le premier de ces moyens d'action est représenté par le Sphinx bleu. Nous l'avons vu, il symbolise l'apogée, c'est-à-dire l'étape finale, au regard de l'homme. Cependant, du fait de la rotation de la roue, il ne pourra conserver durablement sa place. Néanmoins, comme tout être placé au sommet, l'animal refuse le changement qui, de son point de vue, ne peut être que négatif. A cet effet, il est placé sur une plate-forme ; ceci signale son désir de maintien et de conservation de sa situation actuelle.

L'homme cherche à s'installer alors qu'il lui faut continuellement bouger. Sisyphe ne s'arrête jamais car quand il est en bas, il n'aspire qu'à monter (même s’il a déjà fait l'expérience de la chute) et lorsqu'il atteint le sommet tant espéré, il se voit obligé de redescendre. L'homme, agissant ainsi, ne connaît jamais de repos. D'autre part, l'immobilité est inconcevable et antinomique avec le principe de vie. Se pose sur une plate-forme, comme le fait le Sphinx de la Roue de Fortune, c'est vouloir arrêter le mouvement et arrêter le mouvement : c'est mourir. C'est pourquoi, ce premier moyen d'action constitue une illusion ou un renoncement à la vie, dans le refus du mouvement.

Le sphinx incarne la voie de l’exclusion que choisit consciemment ou inconsciemment celui qui n'accepte pas le changement.

- Le deuxième moyen d'action est représenté par la manivelle. En effet, la roue comporte une manivelle blanche. Actionner la manivelle, c'est imprimer son propre rythme à la roue. C'est-à-dire tenter de contrôler le mouvement des situations, des événements ou encore du temps. C'est faire le choix d'une attitude active. Ne pas se soumettre passivement mais au contraire devenir soi-même le moteur de toutes choses. C'est la voie de la force. Mais là encore, une telle attitude mentale est illusoire car l'homme ne peut soumettre le monde à sa seule volonté. Son désir de toute-puissance traduit l'incompréhension des mécanismes subtils qui régissent l'univers. Contrôler la roue, c'est l'empêcher de descendre, donc implicitement l'arrêter. Pour exemple, on peut citer le refus de vieillir (ne pas accepter le mouvement du temps ) et le recours à la chirurgie esthétique. Or, même si cette dernière a un effet, il n'intervient qu'au niveau de l'image (c'est-à-dire de l'enveloppe extérieure ) et non au niveau de l'être. Le contrôle de la roue n’est, en définitive qu’un fantasme.

- Le troisième moyen d'action n'est pas visible dans la Roue de Fortune mais il est suggéré par le symbole lui-même. Si les occidentaux adoptent un système de représentations ascensionnelles, les orientaux substituent à la notion de sommet, celle de centre. C'est la voie du milieu. Plutôt que de vouloir atteindre un point culminant qui n'a pas de réalité physique, il s'agit d'entrer au coeur du système. Plutôt que de s'opposer aux rythmes, il s'agit de se fondre dedans. Plutôt que de dépenser son énergie en une lutte vaine, il s'agit d'accepter.

L'acceptation de ce perpétuel mouvement n'est pas soumission mais sublimation.

Ce mouvement fondamental et constitutif de l’existence est en soi neutre et c'est l'homme qui le charge d'émotions positives ou négatives. La définition de valeurs subjectives fait que l'individu et la société, dans son ensemble, associent les notions de bonheur ou de malheur aux rythmes : croître ou grandir est positif, vieillir est négatif ; monter est positif, descendre est négatif et ainsi de suite. Cependant, dans une vision philosophique des choses, rien n'est fondamentalement bon ou mauvais. Simplement tout est utile. Au printemps, la nature s'éveille, les arbres fleurissent, les plantes poussent ; durant l'hiver, la nature sommeille, elle se repose. Pourtant, le printemps n'est pas plus positif que l'hiver : tous deux sont nécessaires. Il n'y aurait pas de printemps sans hiver, en inversement. Il en va de même dans l'existence de l'homme.

C'est pourquoi, dans la tradition orientale, l'attitude adéquate, c'est-à-dire celle qui réduit la souffrance et assure la quiétude intérieure est de trouver le centre.

Selon la symbolique de la Roue de Fortune, les êtres sont placés sur la circonférence, donc sur la partie la plus éloignée du centre. A cet endroit, ils ressentent avec force et acuité le mouvement. Entrer au coeur du système, c'est s'approcher progressivement du centre, pour finalement l'atteindre. La roue continuera de tourner de la même manière et selon les mêmes règles mais la perception du mouvement, de la succession de hauts et de bas, sera faible, car l'amplitude sera réduite, voire inexistante. 

« Le centre n'est point à concevoir, dans la symbolique, comme une position simplement statique. Il est le foyer d'où partent le mouvement de l'un vers le multiple, de l'intérieur vers l'extérieur, du non-manifesté au manifesté, de l'éternel au temporel et tous les processus d’émanation et de divergence, et où se rejoignent, comme en leur principe, tous les processus de retour et de convergence dans leur recherche de l'unité. » (Dictionnaire des symboles)

Le sens psychologique

La Roue de Fortune incarne la répétition du même. Sur un plan psychologique, elle s'apparente au retour constant des scénarios, des attitudes, des situations qui font que l'individu se sent enchaîné, prisonnier d'une spirale infernale. Là encore, de même que dans la dimension philosophique de l'arcane, cette succession répétitive engendre de la souffrance ou de la lassitude.

De nombreuses personnes ont ce sentiment de toujours revivre les mêmes situations et cultivent à ce propos un fatalisme impuissant. Ce phénomène est appelé en psychologie « compulsion de répétition ». Or, tant que l'on ne remonte pas à l'origine, c'est-à-dire au cœur, au centre, de la pulsion, elle se reproduira avec la même régularité.

La différence entre le sens psychologique et le sens philosophique de la Roue de Fortune, réside non pas tant dans le principe qui est représenté que dans l'application de ce principe. Sur le plan initiatique, il est question de la roue collective : du mouvement universel, des rythmes cosmiques, des lois naturelles. Sur le plan psychologique, il s'agit de la roue individuelle : des rythmes propres à la personne en fonction de son vécu.

Le sens divinatoire

A l’endroit : le consultant est dans une phase d’évolution naturelle. Les changements sont progressifs et s'établissent dans la continuité des actions entreprises.

A l’envers : période d’inertie, statisme, rigidité des situations, lenteur, attente.

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